1. D'HIER À AUJOURD'HUI
Depuis sa naissance en 1972, La Maison Saint-Jacques a
toujours mis de l'avant une approche centrée sur le groupe. Ses origines
populaires, ses préoccupations communautaires et alternatives expliquent
sans doute cet intérêt premier.
Durant de nombreuses années, la Maison St-Jacques a privilégié
l'exploration de l'expérience relationnelle. À ses débuts, le travail
psychothérapeutique de groupe s'articulait essentiellement autour
d'activités sportives, culturelles et artistiques, de repas préparés et
partagés en groupe, etc. Plusieurs intervenants étaient chargés, en
alternance, de certaines activités pour un même groupe. De plus, un
service d'hébergement, des camps d'été et d'hiver, un service d'urgence
24 heures s'ajoutaient à ces activités. Les difficultés financières et
organisationnelles des participants pouvaient également faire l'objet
d'interventions spécifiques et ponctuelles.
Au fil des ans, l'équipe d'intervention s'est interrogée sur le lien de
dépendance qui pouvait se développer chez les participants face à
l'organisme et aux intervenants qui les accompagnaient. Tous ces
services ne participaient-ils pas à une forme de prise en charge ? Par
ailleurs, un lieu d'appartenance et de socialisation aussi investi
pouvait-il empêcher les usagers de développer leur propre réseau social
? L'autonomie des participants était recherchée, alors qu'une présence à
temps plein était requise alors qu'en même temps, les participants
étaient encouragés à se confronter à la réalité extérieure et à prendre
leur vie en main.
Tel qu'il était pensé cet espace thérapeutique de groupe, qui proposait
de multiples activités et espaces sociaux réels, pouvaient favoriser les
résistances à la psychothérapie. En outre, les intervenants endossaient
un double rôle : celui de thérapeutes de groupe qui étaient à l'écoute
de la réalité psychique des participants et parallèlement celui
d'intervenants psychosociaux qui agissaient sur leur réalité objective.
Cette réflexion a suscité une première révision du cadre thérapeutique
sans toutefois résoudre l'ensemble de ces paradoxes.
Graduellement, les activités ont été réduites et mieux ciblées, visant
de plus en plus le travail de symbolisation. Un nouveau modèle a ainsi
vu le jour : la milieu-thérapie. Elle consistait en une démarche d'une
vingtaine d'heures par semaine axée principalement sur des <<ateliers>>
de paroles libres complétés par des activités plus encadrées de
productions ou de créations individuelles ou collectives. De plus, des
rencontres individuelles bimensuelles étaient offertes en complément à
la démarche de groupe. Plusieurs intervenants étaient chargés du même
groupe. Cependant, chaque atelier était animé par un couple
d'intervenants. Des repas étaient préparés par les participants certains
jours de la semaine et étaient partagés avec les intervenants. Un budget
de sortie (théâtre, cinéma, etc.) était disponible chaque mois. Les
usagers devaient planifier entre eux ces sorties qu'ils effectuaient
sans les intervenants. Ces changements de cadre ont répondu pendant une
période aux questionnements qu'avait suscités l'ancien cadre. Toutefois
avec les années, de nouvelles questions ont surgi. De plus, les
paradoxes entourant une forme de prise en charge des usagers
subsistaient ainsi que le maintien du double rôle des psychothérapeutes.
Le maintien de ces deux espaces, concret et symbolique, dépendait
beaucoup de notre difficulté à affirmer notre différence et notre
spécificité au sein du milieu communautaire et face à nos bailleurs de
fonds. En effet à cette époque, et même encore aujourd'hui, les
organismes communautaires se donnent pour mission d'offrir un soutien
psychosocial aux usagers qui fréquentent leurs ressources ainsi qu'un
milieu d'appartenance marqué par des activités visant à développer leurs
habiletés comme citoyen. La visée d'une démarche psychothérapeutique
n'est pas très différente, mais utilise plutôt d'autres moyens.
Force était de constater que nos efforts pour mieux délimiter l'espace
symbolique psychothérapeutique de l'espace concret plus psychosocial
avaient achoppé. Bien que le réaménagement du cadre ait entraîné
l'abandon d'activités extérieures, certaines activités, tels les repas,
ne maintenaient pas étanche la frontière entre le symbolique et le réel,
tout particulièrement dans les relations des participants aux
thérapeutes. Le double emploi du cadre contrevenait aux objectifs
thérapeutiques. En outre, le nombre de participants qui pouvaient
s'inscrire à nos services se réduisait compte tenu du nombre élevé
d'heures exigées par semaine (20 heures). En effet, les changements
politiques et sociaux d'accessibilité à l'aide sociale : mesures
d'incitation au travail et de retour aux études, empêchaient notre
clientèle cible, les personnes socio-économiquement défavorisées, de
pouvoir recourir à nos services.
Ces réflexions et ces constatations ont amené une nouvelle modification
du cadre. Les rencontres de groupe étaient quotidiennes, c'est-à-dire du
lundi au vendredi inclusivement et suite au remaniement, nos services de
groupe sont passés d'un seul groupe avec des rencontres quotidiennes à
plusieurs groupes se réunissant deux fois par semaine seulement. Chaque
séance était d'une durée de trois heures. Un seul couple de
psychothérapeutes était dorénavant responsable d'un même groupe. Les
groupes étaient tous mixtes à l'exception d'un groupe accueillant
uniquement des femmes mères de famille. Malgré ce réajustement, la vie
de groupe des participants - en dehors de l'espace thérapeutique - avait
été maintenue. Un budget mensuel était toujours alloué aux participants
pour organiser et réaliser des activités groupales à l'extérieur de la
Maison St-Jacques. Il aura fallu encore quelques années, ponctuées de
nombreuses discussions, pour mieux saisir l'impact de ces rencontres à
l'extérieur de l'espace thérapeutique sur la vie psychique du groupe.
Ces réflexions ont mené à l'abandon de ces rencontres à l'extérieur du
cadre des séances de thérapie. Depuis, le cadre n'inclut plus que deux
séances de deux heures trente chacune par semaine. De nouveaux
aménagements ont également été apportés au cadre. Si vous êtes désireux
d'en savoir davantage sur l'approche thérapeutique actuelle de la Maison
St-Jacques, vous êtes invités à lire l'approche thérapeutique de groupe
indiquée au menu principal. De même, vous trouverez au menu une rubrique
décrivant notre service d'admission et une autre détaillant plus
précisément les services offerts par la Maison St-Jacques.