Notre approche :

1. D'HIER À AUJOURD'HUI
2. L'APPROCHE THÉRAPEUTIQUE ACTUELLE

2. L'APPROCHE THÉRAPEUTIQUE ACTUELLE 

Depuis 1972, l'équipe de la Maison St-Jacques a tiré profit de son expérience particulière et des nombreuses réflexions qu'ont suscité le travail clinique de groupe pour réévaluer de façon continue son approche thérapeutique. Cette approche a été modifiée en tenant compte des besoins de sa clientèle, mais aussi en fonction de l'évolution de sa pensée clinique et théorique.

Depuis une dizaine d'années, le travail clinique à la Maison St-Jacques se réclame d'une approche psychanalytique. Comme tout travail clinique d'orientation psychanalytique, le processus thérapeutique à la Maison St-Jacques, vise une prise de conscience progressive des résistances et des manifestations transférentielles, lesquelles sont, le plus souvent, inconscientes. De plus, le désir et la volonté de faire une thérapie éveillent des fantasmes, des pulsions ou des émotions souvent contraires au but du traitement. Le cheminement thérapeutique permet aux participants de revivre, au fur et à mesure du développement des liens avec les thérapeutes et les autres membres du groupe, des relations affectives qui reproduisent, en partie, celles vécues avec des personnes significatives. Le groupe thérapeutique s'avère, en ce sens, un espace particulièrement riche pour faciliter un double travail tant au plan symbolique, par la multiplicité des processus identificatoires, des projections et des déplacements qu'il permet, qu'au plan réel par l'expérience de nouvelles relations interpersonnelles au sein du groupe.

L'activité des thérapeutes, toujours le même couple, consiste donc à tenter de faciliter l'émergence et le développement de ce groupe thérapeutique. Ce travail se fait plus précisément à trois niveaux qui sont en interaction continuelle soit, d'essayer de donner sens à la vie fantasmatique du groupe, de favoriser, par une verbalisation la moins contrainte possible, l'expression des émotions, pensées, sensations vécues par les membres du groupe dans la situation thérapeutique et de faciliter l'exploration de la vie inconsciente de chacun. L'accent est mis sur les liens entre les conflits actuels vécus dans la situation groupale (manifestés dans les multiples relations transférentielles), les conflits personnels antérieurs et ceux actuels vécus à l'extérieur de la vie de groupe.

Le cadre thérapeutique joue un rôle prépondérant dans l'instauration des limites favorisant l'élaboration psychique. Il favorise le développement d'un sentiment de sécurité et surtout il contribue à ce que l'action se transforme peu à peu et qu'elle cède la place à la parole et à une plus grande symbolisation des affects. Plusieurs éléments le composent. À un premier niveau se retrouve ce qu'on peut appeler le dispositif spatial qui comprend le lieu où se déroulent les séances, la place qu'occupe le couple de psychothérapeutes ainsi que les collations mises à la disposition des participants et, à un autre niveau, le dispositif temporel comprenant le nombre de rencontres par semaine, la durée ainsi que le contenu-contour de ces séances et la durée de la thérapie.

À la Maison St-Jacques, le dispositif spatial implique un aménagement des lieux visant à créer un climat chaleureux. Les locaux sont situés dans une maison plus que centenaire au centre-ville de Montréal. Les séances de thérapie ont lieu à un étage de la maison. Des divans et causeuses confortables sont disposés dans l'espace où les séances ont lieu. Une cuisine et une salle à manger sont attenantes à la salle de thérapie. Le caractère chaleureux et convivial des lieux peut contraster avec la neutralité, ressentie le plus souvent comme une distance, des thérapeutes. Le couple de psychothérapeutes s'assoient toujours à la même place sur un des fauteuils de la salle où se tiennent les rencontres. Lors des pauses, du café, des jus et des collations sont disponibles pour les participants et des frais de 5 $ mensuels sont demandés pour couvrir une partie de ces dépenses. Aucune contribution n'est demandée pour la démarche thérapeutique.

Le dispositif temporel implique deux séances d'une durée de deux heures trente par semaine. Cette durée fixe témoigne à un certain niveau de la neutralité des thérapeutes. Au mi-temps de chaque rencontre, il y a une pause de 30 minutes. De plus, la durée de la thérapie ne peut excéder 3 ans. Par ailleurs, les deux séances n'ont pas le même contour : l'une d'elles s'apparente aux séances classiques d'association libre tandis que lors de l'autre rencontre, un exercice est proposé par le couple de thérapeutes au début de la séance. Ce sont les thérapeutes qui choisissent le thème et les éléments de l'exercice (durée et choix des moyens). L'exercice peut se dérouler en présence des thérapeutes mais la plupart du temps, il se réalise en l'absence des thérapeutes qui se retirent dans une pièce adjacente.

Certaines règles de fonctionnement sont aussi énoncées qui ne s'appliquent généralement pas dans le cadre de séances individuelles. Dans un cadre groupal, elles peuvent jouer un rôle important pour la survie du groupe:

Une des première règle est celle de la libre association, à laquelle s'ajoute un certain nombre d'autres conditions. Entre autres, la règle de présence qui stipule que les participants s'engagent à assister aux deux rencontres de la semaine, à moins d'empêchement majeur. Il leur est demandé de communiquer avec les thérapeutes en cas d'absence et ce, afin que ceux-ci puissent en aviser le groupe au début de la séance. La ponctualité est une autre des conditions pour favoriser le bon déroulement des rencontres. Chaque membre du groupe s'engage par ailleurs à préserver l'identité des autres participants du groupe afin de garantir la confidentialité. Il leur est suggéré également, s'ils décidaient de quitter en cours de thérapie, de parler de ce désir dans le groupe pour leur permettre à eux comme aux autres participants du groupe de saisir et d'élaborer les enjeux de ce départ. Enfin, ils sont invités à éviter de se rencontrer à l'extérieur et ce, pour préserver l'espace thérapeutique. Dans le cas où ils se verraient, il leur est suggéré d'en parler dans le groupe.

L'importance du cadre dans la cure analytique a très souvent été soulignée. En effet, ce dispositif permet que puisse advenir un espace transitionnel de jeu (pour reprendre les termes de Winnicott), une zone de "comme si", au sein duquel les fantasmes des participants vont pouvoir se déployer. Il permet de délimiter un espace de travail et sert aussi d'appui dans le réel. Il a également la fonction de contenir les agirs pulsionnels, la régression et ce qu'elle provoque en chacun des membres: fantasme d'anéantissement, idéalisation du bon sein, etc.

Le cadre permet aussi de fixer un <<dehors>> et un <<dedans>>, repris au cours du travail thérapeutique. Cette métaphore fait référence à la fois à ce qui est vécu à l'intérieur de soi et ce qui est vécu à l'extérieur, ainsi qu'à l'intérieur du groupe et à l'extérieur du groupe. Ce travail sur ce dehors et ce dedans se fait au fil des séances et peut permettre aux participants d'identifier, par le biais des interprétations des thérapeutes, que les pensées, émotions, sensations, ressenties à l'extérieur du groupe se revivent, à leur insu, à l'intérieur du groupe. Ce mouvement extérieur-intérieur au sein du groupe va peu à peu entraîner, pour les participants, un mouvement extérieur-intérieur, de ce qui est éprouvé dans le groupe vers ce qui est ressenti à l'intérieur d'eux-mêmes. Il va donc favoriser le travail de remise en question personnelle recherchée dans toute psychothérapie.

Le travail des thérapeutes consiste donc à tenter de faciliter l'émergence et le développement de ce "groupe thérapeutique". Ce travail se fait plus précisément à trois niveaux en interaction continuelle: en essayant de donner sens à la vie fantasmatique du groupe, en permettant, par une verbalisation la moins contrainte possible, l'expression des émotions vécues par les membres du groupe dans la situation thérapeutique et, enfin, en favorisant l'exploration de la vie inconsciente de chacun en faisant ressortir les liens entre les conflits actuels vécus dans la situation de groupe (manifestés dans les multiples relations transférentielles), les conflits personnels antérieurs et ceux actuels vécus à l'extérieur de la vie de groupe.

Le groupe constitue un élément expérientiel essentiel amenant la personne à remettre en scène, dans la situation thérapeutique de groupe, ses conflits intra-psychiques, à les nommer, à les symboliser, à les représenter avec l'aide des thérapeutes et du groupe. Nous privilégions, par ailleurs, l'intervention clinique en couple de thérapeutes (toujours les mêmes pour chacun des groupes) de façon à favoriser un espace multi-transférentiel où se conjuguent les représentations de figures significatives positives et/ou négatives.