5. JEAN GAGNÉ (1991-1994)

LA MAISON ST-JACQUES, UNE SOURCE EXEMPLAIRE D'INNOVATION POUR L'INTERVENTION EN SANTÉ MENTALE AU QUÉBEC

L'équipe de la Maison St-Jacques m'a invité à faire un retour sur la période de 1991 à 1994, au moment où j'en étais le directeur. (...) ce qui à mons avis donne son dynamisme à chacune des époques qui ont marqué l'évolution de la Maison St-Jacques, ce ne fut jamais tant ses directeurs que la qualité de l'écoute et de la compréhension qui animaient la relation de son équipe de travail avec ses usagers et usagères.

(...) J'aimerais par ailleurs, souligner l'exemplarité de son mode de structuration pour le mouvement communautaire autonome au moment où sont remises en question les modalités d'intervention du secteur public dans les secteurs de la santé et des services sociaux.

(...) Si elle a toujours sa préoccupation de soutenir et d'aider les jeunes adultes aux prises avec des problèmes de santé mentale, elle a toutefois modelé ses interventions à partir d'un dialogue avec ceux-ci. Plutôt que de souscrire à une planification technocratique, déterminée par en haut, les "offres de services" de la Maison St-Jacques se construisaient en conjonction avec les demandes de la communauté. Ainsi en est-il de son investissement dans la recherche sur le phénomène de l'itinérance depuis quelques années déjà. On pourrait aussi parler de sa contribution à la mise sur pied des ressources spécialisées que sont devenues Accès-Cible pour l'insertion au marché du travail ainsi que du Transit pour l'intervention de crise. La Maison St-Jacques a de plus résisté à la séduction de la croissance en ne maintenant pas ces derniers projets sous sa gouverne. (...)

1992 a été l'année commémorant le 20e anniversaire de la Maison St-Jacques. Un colloque avait alors été organisé. Le but de cette manifestation était double. Il s'agissait d'une part, de faire partager publiquement les explorations dans le domaine du traitement de la santé mentale auxquelles se prêtaient une frange du mouvement alternatif et, d'autre part, d'affirmer publiquement l'urgence de reconnaître la légitimité de ce nouveau champ de pratique. La problématique de cette rencontre se résumait en une question: Est-ce que cette dynamique de renouvellement des pratiques de traitement en santé mentale par les ressources alternatives saurait survivre à une réforme des services sociaux et de santé désormais animée des mots d'ordre de complémentarité et de partenariat? Cette question se pose à nouveau aujourd'hui, alors que le ministère responsable annonce un redéploiement massif de ses ressources en santé mentale vers la communauté. Il importe de nous assurer que ce virage se traduise par la stimulation du potentiel innovateur de ressources telles la Maison Saint-Jacques et non pas par leur harnachement à des orientations cliniques, des approches et des politiques d'intervention bio-médicales qui, depuis les années 1960, ont dominé ce champ social au Québec.

JEAN GAGNÉ

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